CHRONIQUES LOCALES


VII La sentinelle des Rangiers
(extraits du chapitre)

...

- Tu tiens beaucoup à m'emmener ?

- Si j'y tiens ! Tu te momifies ! Nous tournons tous au sybarite dans cette
maison ! Manger, dormir, se reposer... ça va bien 48 heures, mais je sens
la sclérose m'envahir. Nous filons en train à Saint-Ursanne; de là, nous
monterons aux Rangiers. Les sorcières nous offriront peut-être un sabbat
près de la Caquerelle ! ... Ensuite, Corniche du Jura, Etang de la Gruyère,
Rochers des Sommêtres. Retour ici, en train, demain soir, et dégringolade
sur Bienne. Hop !

Mireille, souriante et résignée, boucle son sac. Une demi-heure plus tard,
la Sizaine roule vers Saint-Ursanne.

Bob ne desserre pas les dents: il a eu avec Raymond des prises de bec homéri-
ques. Tous deux, à présent, s'ignorent; mais Raymond cause gaiement avec les
autres, tandis que Bob, carré dans un coin, compulse des notes personnelles.

La route descend, de la gare de Saint-Ursanne, sur un kilomètre environ. Le ciel
reste bleu, malgré des nuages chargés de menaces. Les Sept salauent avec enthou-
siasme la ravissante petite ville, blottie près d'une boucle du Doubs: vieux
toits étroitement pressés autour de la Collégiale. Robert, obstiné dans sa boude-
rie, refuse d'évoquer le passé. - A toi l'honneur, Tommy ! dit Léo.

Le jeune garçon adresse une grimace à son rival. - Saint Ursanne vivait au XIIe
siècle, commence-t-il. C'était un ermite, disciple de Saint Colomban. Des moines
se sont joints à lui, et ils ont construit cette Collégiale. Malgré les guerres,
dont le pays a beaucoup souffert, elle a toujours été respectée.

Léo guide la bande à travers les rues sinueuses où plusieurs siècles, d'un coup,
vous tombent sur la tête. Longs toits, tourelles, petits balcons: chaque maison
se soucie peu de ressembler à sa voisine; c'est le trimomphe de l'indépendance
et de l'originalité.

Trois portes gardent les entrées de la ville. Les armes des princes-évêques de
Bâle et les armoiries de Saint Ursanne - un ours tenant une crosse - ornent la
Porte Saint-Pierre, dite de Delémont. Enfin, les Sept visitent l'admirable
Collégiale. - Je l'ai gardée pour le bouquet ! déclare Léo.

Bob prend une photo du portail roman; les autres explorent le petit cloître,
puis tous grimpent, par des marches raides, à l'ermitage. Léo se retourne vers
Robert: - Si tu dois nous offrir cette tête-là toute la journée, je t'autorise
à circuler seul ! Raymond est taquin, mais tu as un fichu caractère ! Faites
la paix ! Qu'on n'en parle plus !

...


Marguerite SY

Le Pays aux vingt-deux visages.

Les joyeuses randonnées de la sizaine des sept.

Illustré par J. Couvoisier

A la Baconnière, 1950, p. 84-85



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