ENVIRONS
SELEUTE




La hutte et la ferme. - Nobles de Seleute. - Les colongiers Bourquard, Faibvet et Humbert.-
Les six colonges.- Le Chapître et dame Rossel née Bennot. -
Les fiéteurs de St-Oswald en 1734. - Mortalité du bétail en 1744. - Bois accordé par le Chapître. -
Les forêts. - Les volontaires Français en 1793. - Routes, maison d'école et chapelle. - Mgr Bourquard.



Seleute, en allemand Scheulte, ou plutôt Celeute (celletta),
comme on écrivait au XIIIe siècle, signifie une hutte de pa-
ture. La pâture de Celeute, défrichée bien avant le XIIe siècle,
s'est transformée de bonne heure en une ferme, propriété de l'ab-
baye, puis du Chapître de St-Ursanne. Plus tard, ce corps de bien
s'est divisé, comme nous le verrons, en un certain nombre de
colonges. - Les colongiers, groupant leurs habitations autour de
la fontaine de Seleute, formèrent le village de ce nom.
Cette localité existait avant 1200. Elle avait ses nobles écuyers,
tels Hugues de Celeute en 1180, Henri de Celeute en 1200 et
Germain de Celeute en 1397.

En 1429, d'après le rôle de franchises de la ville, Seleute payait
les droits de charruage au maire de la Prévôté.
Arnould Bourquard habitait ce village en 1573. Il avait d'abord
habité Villars, où son père, originaire de Morat, s'était réfugié,
sous la protection du prince-évêque de Bâle, pour demeurer fidèle
à la foi catholique. Arnould Bourquard vivait encore en 1591.
Décédé avant 1616, il laissait trois fils: Jean, maire de Seleute,
Ursanne et Etienne. Ils étaient alors tenementiers, avec dame
Perrenate Laigney, mère du notaire François Humbert, du maix
de feu Jehan Courtat, de Seleute. Ce maix comprenait 23 pièces
de terre formant 39 journaux.
Le 18 décembre 1666, les fils de Jean Perrin Bourquard "vieux
mayre", Pierrat et Bendy ou Benedict, reprenaient les biens de
leur père, qui venait de mourir. La part du notaire Humbert avait
été reprise déjà le 7 mai 1655 par François Rossel, maire de Por-
rentruy.
En 1614, Claudat et Jean Faibvet, fils de feu Thomas, de Seleute,
tenaient la terre ès Riotaz. Leurs biens passaient, en 1658, à Pierre
Faibvet, maire, à son frère Ludovic et à Wuillemin Courtat.

A la même époque, le notaire Humbert possédait, de sa mère
Perrenate, comme fief "un cerneulx en la montagne de Seleute
proche la Vacherie feu Henry Gruyère" ainsi que le reconnaissait
Jean-Germain Humbert, docteur ès-lois et conseiller de Son Al-
tesse.

Avant les tenementiers que nous venons de rappeler, c'est-à-
dire de 1500 à 1600, et déjà plus tôt, les fiéteurs de Seleute étaient
les Barrest, de St-Ursanne, les Galland, Richard Bol, Clément
Regnauld, Huguenin Humbert, mari de dame Perrenate, Richard
Hecheman et les Picquignat de Courgenay.
Les colonges de Seleute, en 1614 et en 1778, étaient les sui-
vantes:

1. La terre Oswald et le fol d'Halle;
2. La terre Symon de Montorban;
3. La terre Jean Courtat;
4. La terre Petite Jeannette;
5. La terre ès-Baichaulx;
6. La terre ès-Riottaz.

Les principaux tenementiers de ces terres "avec maison et
courtil" étaient en 1771 les famille Derozé, Huelmann, Bouvier,
Bourquard, Billieux, Febvet et Varin.

La Vacherie-Mouillard, propriété de M. Billieux-Faber, avait pour
fermier Jean-Baptiste Buchwalder.
La colonge de la Vacherie-Mouillard appartenait en 1680 à dame
Catherine Bennot, veuve de Jean-François Rossel, conseiller au-
lique et maire de Porrentruy. Cette colonge donna lieu à une vive
contestation entre la veuve Rossel et le Chapître. Ce dernier re-
vendiquait sur cette terre son droit de fief méconnu. L'avocat du
Chapître, le docteur Hennet, porta l'affaire devant l'officialité
d'Altkirch qui décida, au vu des pièces, que la colonge en ques-
tion ne pouvait être vendue ni donnée en emphytéose sans le con-
sentement du seigneur direct. Or, ce seigneur direct n'était autre
que le Chapître.

Le lieutenant Jean-Nicolas Babé, de Delémont, possédait à Se-
leute, en 1772, l'Essert Guillot, dont le vicaire Guerroux faisait la
reprise au nom du sieur Babé.

Pendant les troubles de 1730 à 1740, les Picquigant trouvèrent
des partisans à Seleute. En 1734, les tenanciers du fief saint Os-
wald refusèrent de payer au vicaire Guerroux les grains et revenus
de cette terre, "jusqu'à ce qu'il eût été prouvé que ces grains lui
étaient dûs." La preuve en fut administrée par le Chapître, puis
à la voix du prince-évêque, les fiéteurs revinrent au sentiment de
la justice.
L'hiver de 1743 à 1744 fut fatal aux habitants de Seleute. Le
3 janvier 1744, ils demandaient une charité au Chapître, "en vue
du grand malheur qu'ils venaient d'essüier par la mortalité du
bétail rouge, qui dans ce seul endroit, composé de dix maisons,
en avait enlevé 99 pièces". Le Chapître leur abandonna, pour
cette année, la rente qu'ils payaient annuellement.

Le Chapître se montrait bon envers ses fiéteurs de Seleute. Le
3 mars 1747, il accordait sans difficulté à Joseph Bourquard, am-
bourg, et à Jean-Baptiste Faivet, l'autorisation qu'ils demandaient
de couper dix-sept pièces d'arbres foyards dans le bois bannal de
Clairmont, propriété du Chapître, pour l'usage de la communauté
et charronnage."

La condescendance du Chapître n'empêcha pas qu'il n'eût avec
la commune de Seleute, en 1780, de vifs débats relativement à la
délimitation des forêts bannales. Ce procès, qui fut long, se ter-
mina en réglant les droits de chacune des parties.

La commune de Seleute, en 1793, fit partie du canton de St-Ur-
sanne. Le 14 avril de cette année sinistre, Nicolas Matthé et Joseph
Bourquard étaient désignés comme scrutateurs dans l'assemblée
réunie à St-Ursanne pour la nomination d'un juge de paix.

Seleute eut aussi, à cette époque, à héberger les peu aimables
hôtes connus sous le nom de volontaires Français. Le 21 frimaire
1793, une demi-compagnie de ces garnissaires était envoyée à Se-
leute par St-Ursanne, qui en regorgeait. Il se hâtèrent d'y planter.
sous le nom d'arbre de la liberté, l'arbre de la tyrannie révolution-
naire. Ils ne restèrent pas longtemps à Seleute, où ils reçurent
l'accueil qu'ils méritaient.
Dans notre siècle, le village de Seleute s'est donné, non sans
faire de grandes dépenses, deux routes et une charmante maison
d'école, près de laquelle va s'élever cette année une gracieuse
chapelle, qui sera le plus bel ornement du village; ce qui n'a pas
empêché cette commune de contribuer pour une large part à la
construction des chemins de fer du Jura.

De la famille Bourquard, de Seleute, est sorti le père de Monsei-
gneur Bourquard (Laurent-Casimir), né à Delle le 1er janvier 1820,
et directeur actuel du collége des R.P. Bénédictins de Mariastein,
réfugiés dans cette ville. Ordonné prêtre à Strasbourg, le 19 juin
1843, après de brillantes études, classiques et théologiques, Mon-
seigneur Bourquard a occupé, avec distinction, divers postes émi-
nents. Professeur au petit séminaire de Strasbourg pendant trois
ans, puis directeur du collége de Ruffach pendant cinq ans, pro-
fesseur de philosophie au collége de Vaugirard en 1852, et pendant
neuf ans professeur de la même science au lycée de Besançon,
Mgr Bourquard a rempli avec zèle et succès pendant douze ans les
fonctions de premier aumônier du collége Rollin à Paris. Quelque
temps après s'ouvrait l'Université catholique d'Angers. Une chaire
de philosophie y attendait Mgr Bourquard, nommé chanoine de ce
diocèse par Mgr Freppel, tandis que S.S. Léon XIII élevait le sa-
vant docteur (en théologie) à la dignité de camérier du pape.

Mgr Bourquard, qui est aussi docteur ès-lettres, a publié divers
ouvrages du plus haut intérêt. Citons entre autres son beau livre
sur la Méthode dans les sciences théologiques, (Paris, Lecoffre,
1860), ouvrage aussi bien écrit que bien pensé, auquel le monde
savant a fait un accueil mérité.

Chèvre, p. 809-812





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