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RAVINE Le ravin et la mairie de Ravine. - Habitants de ce lieu au XIVe siècle. - Les sires d'Asuel propriétaires à Ravine. - Construction d'une maison au XVe siècle. - Jehan de Ravine. - Les tenementiers de Ravine en 1614. - Le porteur du lieu en 1723. - Le denier d'habitation. - Le député de Ravine en 1793. - Le perruquier Lémane et le notaire Huelmann. - La ville et les bois d'af- fouage en 1821. - Trois abbés Hulmann. Au moment où le Doubs s'apprête à donner à son cours la forme d'un immense fer à cheval, il salue en passant, sur sa rive gauche, un ravin frais et gracieux qui domine ses eaux limpides. La position avantageuse de ce ravin, ou comme on disait autrefois, de cette ravine, appela de bonne heure des bras pour cultiver un sol fertile, bien exposé et abrité, au midi comme au nord, contre la violence des vents. Ravine eut sa ferme, puis son hameau avec ses colons, dès les temps les plus reculés. Aussi, à l'époque où toute la Prévôté ne comprenait encore que quatre mairies, celle qui figure en premier lieu, c'est la mairie de la courtine de Ravine. Elle appartenait exclusivement à l'évêque de Bâle. Lui seul, sans le concours du Chapître ni de son prévôt, avait le droit, en 1210, de nommer le maire de Ravine. Au XIVe siècle, Etienne-Jean Perrin de Charquemont possédait des terres à Ravine. En 1374, il fondait une "messe du matin" à chanter à l'autel de la sainte Croix dans la Collégiale, pour lui et sa femme Jeannette, à raison d'un demi-bichot blé et avoine à percevoir sur ses propriétés de Ravine. Etaient témoins de cette fondation, Jehan Cherpia, de Ravine, avec Jehan Joculator et Jac- ques de Chauvelier. Quatre ans après, d'autres biens, sis à Ravine, sont donnés à l'église de St-Ursanne. Le 11 juillet 1400, la moitié de la dîme de Ravine est reprêtée "en fief chesselle" au chevalier Jean de Boncourt par Jean-Bernard d'Asuel, fils de feu Jehan-Ul- rich d'Asuel, chevalier. La moitié de la dîme de Ravine avait ainsi passé des mains de l'évêque de Bâle aux mains des sires d'Asuel. Déjà en 1381, "le sambedy avant le dimainge oculi", Jean- Ulrich d'Asuel avait consenti à la vente faite, pour 38 florins de bon or, par l'écuyer Hennemann de Wildenstein à l'écuyer Jehan de Boncourt dit d'Asuel, de la moiié de la dîme de Ravine, que le vendeur retenait en fief du sire d'Asuel. Jehan, fils Willemin, de Ravine, en 1420, est témoin d'un acte de vente écrit à St-Ursanne par le notaire Huniger. A cette époque, Ravine payait au maire de St-Ursanne comme maire de la Prévôté, les deniers de charrue et quatre deniers pour chaque fauchée de pré. En 1457, "le varedy apprès saint Bartholomey", le Chapître prête à nouveau les terres qu'il possède à Ravine aux enfants de feu Jehan Vaicle savoir, Jehan Bourquin, Estevenin Jehan et leurs soeurs Vyatte et Jaiquatte, à condition que lesdits enfants Vaicle "bastirons et maysonnerons une mayson à Ravine sur un franc chésal avant la saint Martyn dhyvers". Si la maison n'est pas construite à cette époque, le contrat est nul et sans effet. La femme de Jean Vaicle, Jeannette fille d'Ousseliat, était morte l'année pré- cédente. Anseline, femme de Jean de Ravine, vivait encore. Elle avait été la nourrice du chanoine de St-Ursanne, Bourkard Molitor. Un an- niversaire fut fondé pour elle en 1475. Son mari Jehan de Ravine, était bourgeois de St-Ursanne. Il maria en secondes noces Jean- nette, qui mourut en 1482, et qui eut aussi son anniversaire. Jean de Ravine vivait encore en 1485. Il figure, le 19 septembre de cette année, comme témoin d'une vente faite par Jean Ruedin des Pom- merats à Morand Fitzler, chanoine de St-Ursanne. La reconnaissance des fiefs et des droits du Chapître, faite le 28 juin 1614, nous apprend que "les manans, habitans et posses- seurs des lieu, maix et tenements de Ravine" étaient alors les suivants: 1. Blaise Chenal; 2. Marguerite Barrest, représentée par son frère "noble homme Pierre Barrest de St-Ursanne"; 3. La veuve et les enfants de Claude Quillerat, ayant pour vouhay Jean-Bour- quard, de Seleute; 4. Les enfants de Mory Quillerat, qui avaient pour tuteur Jean-Pierre Marandez, demeurant sur la montagne de Montmelon; 5. La veuve et les enfants de Lienhard Maignin; 6. Pierre Quillerat; 7. La veuve et les enfants de Colas Quillerat; 8. Thonatte, fille de feu Jaique Quillerat, dont le tuteur était Ur- sanne Quillerat, de St-Ursanne; 9. Marie, femme de Jaique Quil- lerat, dit Loclard, assistée de Henry Chenal, "ayant charge du dit Jaiquat à cause de sa débilité et infirmité de maladie". Ravagé, pillé, en partie incendié en 1637 par les Franco-Sué- dois, le village de Ravine s'était relevé avec peine de ses ruines. En 1691, deux nouveaux noms y apparaissent. Ce sont les fiéteurs du Chapître, Pierre Clerc et Jean-Henry Hulmann, qui venaient de Seleute. Le porteur de Ravine, en 1723, était Ursanne Quillerat. Après sa mort, le 2 décembre de la même année, son gendre Claude Girardin lui succède en cette qualité. Ce dernier était natif des Rouges-Terrres près du Bémont. Il avait été reçu bourgeois à Ra- vine, le 19 octobre 1711, pour le prix de 50 livres à partager entre Son Altesse et la ville. Le droit d'habitation à payer à la ville était alors, pour un étranger demeurant à Ravine, d'une livre et cinq sols par an. En 1764, Jean-Baptiste Brossard dut payer ce droit sous peine d'expulsion. En 1777, une transaction eut lieu entre la ville et Ravine, au sujet des forêts et des droits d'affouage. Cette convention, toutefois, n'eut son plein effet qu'en 1826, par le cantonnement qui attribua définitivement à Ravine sa part de forêts. Ravine eut aussi, en 1792, son député à l'Assemblée rauracienne. C'était le notaire Jean-Baptiste Huelmann, originaire de cette loca- lité. Le 12 janvier 1793, le perruquier Germain Lémane écrivait de Porrentruy au député de Ravine: "Citoyen, frère et ami, Comme vous me connaissez bon patriote, je viens vous de- mander un service de frère: je vous prie de me faire nommer à votre place de député de la commune de Ravine. Je vous de- mande ce service parce que vous me connaissez dans le cas d'en remplir la place. J'ai tout sacrifié pour ma patrie (ses cieseaux de coiffeur !) Ne montrez ma lettre à personne". Germain Lémane, député de Ravine ou d'ailleurs, partait, quel- ques jours après, avec Herzeis de Glovelier et le chanoine de St-Ursanne Priqueler, pour aller à Paris, avec l'apostat Gobel, vendre le pays à la France révolutionnaire. Le notaire Huelmann, qui, tout cul-de-jatte qu'il était, avait des bras d'une force herculéenne, était instituteur à St-Ursanne en 1806, après avoir scribaillé dans les bureaux du département à Porrentruy pendant la Révolution. Son école était mauvaise. Il fallut le remplacer, le 6 octobre 1809, par Ignace Gognat, de For- ent. En 1821, Huelmann réclamait de la ville son bois d'affouage, qui lui était accordé, sur sa requête, par le grand-baillif Conrad de Billieux, "attendu qu'en vendant ses biens de Ravine, Huelmann n'avait pas aliéné son droit résultant de la convention de 1777". Ravine a donné le jour à trois ecclésiastiques du nom de Hul- mann: 1. Jean-Baptiste Hulmann, né vers 1680 et mort curé de Soubey (Voir notice sur Soubey). A sa première messe, célébrée à St-Ur- sanne le 25 mai 1704, le maître-bourgeois Theubet, au nom de la ville, lui donnait "un louys d'or". 2. Jean-Baptiste Hulmann, deuxième du nom, vicaire à Pfaffans, était reçu chapelain de la Collégiale le 17 décembre 1756. L'année après, il succéda au vicaire Hellfer. Nommé curé de Chevenez le 21 février 1782, il remercie le Chapître et garde son vicariat. Il est mort en exil pendant la Révolution. 3. Etienne Hulmann, de la Cernie, fut aussi chapelain de la Col- légiale. Il fut nommé à la cure de Lamotte en 1769. (Voir notice sur Ocourt-Lamotte). Chèvre, p. 805-808
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