ENVIRONS
MONTMELON



Le mont de Bélus. - Montmelon du XIVe au XVIIe siècle. - Ravages des Suédois
de 1634 à 1637. - Procès avec la ville en 1753. - Autre contestation en
1768. - La combourgeoisie avec St-Ursanne. - Le député de Montmelon
en 1792. - Les garnisaires Français. - Partage des biens de la commune. -
Xavier Stockmar bourgeois de Montmelon.



Montbelon, devenue "Montmelon" dans le langage popu-
laire, porte dans son étymologie la lumière de son nom. On
sait que Bel (Belus, Belo) était le Dieu Soleil, auquel les
payens offraient chaque année des sacrifices sur les hauteurs,
qu'ils illuminaient d'immenses feux de joie. Or, dans les montagnes
qui encaissent le coude du Doubs, aucun sommet ne se prêtait
mieux à ces manifestations religieuses des Rauraques, mêlant à
leurs superstitions les superstitions romaines.

Cependant le mons Belo ou Montbelon n'a été, pendant bien des
siècles, qu'une vaste forêt, dans laquelle se sont taillées peu à peu
des clairières devenues de gras pâturages, qui se sont transformés
en villas, ou fermes et hameaux.

Montmelon a eu sa première villa sur les bords du Doubs. C'est
de nos jours, Montmelon-Dessous. Montmelon-Dessus n'a été ha-
bité que longtemps après.
La première mention de Montmelon dans nos archives ne re-
monte pas au-delà du XIVe siècle. Le 9 avril 1373, le prévôt de
St-Ursanne, Jean Cherbon, donnait à sa collégiale une rente an-
nuelle de vingt penaux de blé et d'avoine, assignée sur Montmelon,
qui était ainsi, du moins en partie, la propriété du pieux prévôt.

En 1570, Richard Maigrin avait des droits sur les terres de
Montmelon. Il cédait ces droits, le 27 février, à Bourkard Rossel,
de Porrentruy. Le 20 mars de l'année après, ce dernier réclama
d'autres droits sur Montmelon en vertu de fondations portées au
Liber bitae de la collégiale. En même temps, Hugonin Martenat, de
Glovelier, revendiquait des droits de même nature revenant au
Chapître.

En 1614, 27 juin "Georges Chevillat et ses frères Perrin et
Estienne, avec François Mittet (Methé) leur beau-frère, tous de
Montmelon-Dessoub", reconnaissaient par serment "debvoir au
Chapître la cense foncière annuelle et perpétuelle de trente sols
monnoye basloise et quatre chapons bons et recepvables payables
à Martyni comme devant". Cette cense est assignée sur "les
quatre collonges gisantes au dit Montmelon". Les mêmes habi-
tants de Montmelon retenaient du Chapître le fief de la Goutte et
celui de Noire-Combe. Le porteur de ces deux fiefs était, en 1632,
Claudat Chevillat, fils de feu Georges. La même année, le Chapître
accorde du bois "pour eschandelles" à Dyonis et à Henry Che-
vilalt, de Montmelon, ainsi qu'à Jean Perrin Nadé, demeurant au
même lieu.

De 1634 à 1637, les Franco-Suédois ravagèrent Montmelon, au
point que cette localité fut abandonnée. Il en fut de même de la
Saigne à la même époque. En 1654, il n'y avait plus de fiéteur de
Montmelon, lorsque Ursanne Chevillat, fils de Georges, se présenta
au Chapître pour faire la reprise de ce lieu, "tant en son nom que
de Frantz Bersuder au nom de Barbe Liepure sa femme et con-
sorts.

La "métairie" de Montmelon-Dessus était alors la propriété du
bandelier Basuel, de Porrentruy.
En 1753, un procès fut intenté par la ville aux habitants de Mont-
melon au sujet du "penage de la Joux de Sévay", dont les gens de
Montmelon prétendaient être en possession de temps immémorial.
Lorsque le procès fut engagé, les tenanciers de Montmelon vinrent
supplier le Chapître de prendre fait et cause pour eux, "le dit bien
étant fief de l'église". Voici la réponse du Chapître: "Sachant
par expérience que ceux qui tiennent, dans la Prévôté, de vieux
fiefs, mouvant originairement de notre église, ne les reconnais-
sent en cette qualité que lorsqu'ils ont besoin de l'assistance du
Chapître, et qu'en tout autre cas ils prétendent que lesdits biens
sont allodiaux, chargés d'une simple foncière, le Chapître con-
clut de ne point intervenir. On donnera cependant communica-
tion des pièces aux requérants."
Une autre contestation eut lieu en 1768. Elle avait pour objet la
forêt de Bosnière, ainsi que les pâturages de Noire-Combe. Cette
double querelle dura jusqu'à la Révolution, qui fit de Montmelon
une commune indépendante de la ville. Jusque-là, Montmelon
avait, de toute ancienneté, combourgeoisie avec St-Ursanne. Or,
quels droits et quels devoirs impliquait cette combourgeoisie ? Ces
devoirs et ces droits ne semblent pas avoir été nettement compris
au siècle dernier. Dans l'origine, la ville s'engageait, envers ses
combourgeois, à la protéger, à sauvegarder leurs personnes, leurs
propriétés et leurs droits. Les combourgeois, en retour, devaient
contribuer aux charges de la ville. C'est ainsi qu'en 1607, par ju-
gement arbitral, les combourgeois de St-Ursanne eurent à payer à
la ville un demi-droit d'habitation. D'un autre côté, la combour-
geoisie, en vertu du même arbitrage, ne donnait aux combourgeois
aucun droit aux biens de la ville, et leurs droits, quant aux forêts,
se limitaient à en tirer, sous la surveillance de la ville et du Cha-
pître, les bois d'affouage et de construction qui leur étaient néces-
saires.
Ces conditions réciproques sont en partie rappelées en 1783 par
le magistrat de St-Ursanne, dans son protocole, où nous lisons ces
lignes: "La seconde bourgeoisie ne donne pas le droit de résider
dans la ville. Un second bourgeois ne paye que 25 ou 30 livres
pour acquérir sa co-bourgeoisie. En outre, il est exempt de payer
deux florins pour l'habitation dans le lieu de sa combourgeoisie.

Ce n'est pas ainsi que l'entendaient, en 1793, les combourgeois
de Montmelon, de Ravine et d'Outremont. Ils réclamaient leur part
de tous les droits, bien-fonds, obligations et propriétés de la
commune de St-Ursanne." La ville n'eut pas de peine à démontrer
au département, tout révolutionnaire qu'il était, l'injustice de ces
prétentions. Aussi les pétitionnaires en furent-ils pour leurs dé-
marches et leurs frais.




Chèvre, p. 798-802

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