POEMES, CHANTS, PRIERES


Rêveries


ST-URSANNE



Passant, toi qui connais Chinon ou même Assise,
Dis-moi, mais dis-le moi sans détour amical
S'il serait ville offrant aux yeux plus fin régal
Que celle que tu vois au bord du Doubs assise.

Certes, elle n'est pas grande et, s'il faut qu'on précise,
Dans l'ordre du petit, on lui cherche un rival;
Encor n'a-t-elle ni jet fier d'arc triomphal,
Ni pompes d'aucun art. Elle a mieux: cette église.

Lorgne amoureusement au coeur de son passé
Qui ferme à chaque bout par une porte à voûte
Que le char de foin brosse au moment de passer.

Et tu ne sauras plus, rentré dans le réel,
Si tu n'aurais pas vu s'élever sur ta route
Comme une enluminure extraite d'un missel.

Camille Gorgé.


Sonnet paru dans les "Actes de la Société jurassienne d'émualtion", 1952.
Porrentruy, 1953
aussi paru dans AU CLOS DU DOUBS, revue du GHETE
03-93-02, p. 2


SAINT-URSANNE

C'est la petite ville où l'on ne va plus guère
Et qui, de l'aube au soir, rêve au bord du Doubs;
Elle eut ses ans de joie et ses siècles de guerre
Et n'a plus aujourd'hui qu'un regard triste et doux.

Ses murs sont dans l'histoire, étant faits de la pierre
Que les moines d'Irlande ont taillée à genoux
Lorsque, venus du Nord pour semer la prière,
Ils bâtirent le cloître en repoussant les loups.

Pour l'humble voyageur, elle était le refuge;
Elle fuyait le faste, et l'historien qui juge
Sait qu'elle resta close au prince tentateur.
Mais le bourg a son or; il a sa basilique,
Et Dieu ! comme elle est belle au porche où le sculpteur
Mêla sa foi romane à sa foi catholique !

Camille Gorgé.

Sonnet tiré de "Les Bivouacs". Neuchâtel, 1936,
aussi paru dans AU CLOS DU DOUBS
05-93-05, p. 24




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