EPIQUEREZ
A la paroisse d'Epauvillers appartient aussi la commune d'Epi- querez, avec la section de Chervillers. Au pic du cret ou du sommet de la montagne qui domine le cours du Doubs, s'élève le village des Piquerez, ou d'Epiquerez, dont les quatre colonges sont mentionnées en 1446 par le notaire Roleti. En 1614, ces colonges avaient les porteurs suivants: 1. La colonge Renauldin était tenue par François Humbert; 2. Celle d'Esserfallon, par Vaubert, fils de Jean Maître; 3. Celle des Piquerels et Rond- boëchet, par Guillaume Piquerel, le vieux; et 4. La collonge Loi- chat, par Jean Maître, dit Rougeat. La 2e et la 3e portaient primi- tivement les noms de colonge Erharde et colonge Badequin. Les quatre colonges payaient chacune de 13 à 16 sols avec un chapon au Chapître de St-Ursanne. Ce chapon donna lieu, en 1614, à un procès, qui se termina par la convention suivante: "Les chapons seront mis de côté et remplacés par une redevance fixe de deux sols pour chaque chapon. Un autre procès fut intenté par la commune d'Epiquerez à la communauté d'Epauvillers, en 1728, "au fait du champoyage de Charmillatte". Epauvillers eut gain de cause, et les habitants d'Epiquerez en furent pour leurs frais. Ils vinrent, en 1729, supplier le Chapître de leur aider à payer les dettes occasionnées par ce procès: "Vous l'avez intenté sans nous, répondit le Chapître, payez-en les frais sans nous". Un chaud partisan de Péquignat était, de 1730 à 1740, Jean- Nicolas Piqueré. En 1749, il prenait la fuite en laissant derrière lui toutes ses dettes. Un de ses descendants, Jean-Claude Piqueré, embrassa avec ar- deur la cause de Rengguer et de la Révolution. Par ordre du Prince, le révolutionnaire Piqueré fut arrêté dans son village en avril 1791, et amené dans les prisons du Château de Porrentruy avec son fils Nicolas, et Jean-Baptiste Paupe, de Soubey. Nicolas Brayhier, du Chauffour, menacé du même sort, put s'évader à temps. L'invasion française libéra les prisonniers. Ils ne tardèrent pas à planter leur arbre de la liberté dans leur village, qui avait son club dès le 18 no- vembre 1792. Nicolas Piqueré, député de son village à l'Assemblée raura- cienne, s'y fit remarquer pour son exaltataion révolutionnaire, tan- dis que l'officier Ignace Piqueré acceptait, avec Simon d'Underve- lier, le 17 juin 1793, sa nomination de capitaine des 200 volontaires du Jura réunis à Porrentruy. Nicolas Piqueré se montra surtout plein de zèle pour enlever les cloches des églises et les convertir en canons ou en gros sous pour la Révolution. De là le nom populaire qui lui est resté de "Colas des sieutches". Après avoir frisé de près la guillotine pour les malversations dont il était accusé en 1794, Nicolas "des cloches" s'est retiré dans son village natal, où il s'est éteint à un âge avancé, dans un état d'idiotisme complet. (Voir dans les Mémoires de Guélat, au 16 juillet 1794, les cinq crimes reprochés au citoyen Nicolas Piqueré). La ferme dite des Cumaines appartient à la commune d'Epique- rez, de laquelle ressort le petit hameau nommé ESSERTFALLON ou Essert (défrichement) de Jean Fallon, qui avait des propriétés à Ocourt en 1343. Essert falonis est déjà mentionné en 1337. En 1344, Jehannin, fils de Jehan d'Essserfallon, et époux d'Aliatte, fille de Perrin de Glovelier, assignait à cette dernière six livres et deux sols de Bâle sur le pré "Es décombrou". Ursanne, fils de Jean Maître, d'Esserfallon, était porteur de ce bien en 1718. En 1729, le bien des chapelles de la collégiale de St-Ursanne à Esserfallon avait pour tenementier Ursanne Dé- brosses. Conrad Moirandat, d'Epauvillers, obtint du Chapître, en 1749, la terre d'Esserfallon pour 145 livres de canon annuel. Cécile, femme d'Henriet d'Esserfallon, est mentionnée au Liber vitae de St-Ursanne en 1468. Au-dessus d'Esserfallon, sur les bords du Doubs, se trouve l'an- cienne villa de la rivière, (Cher en langue celtique), dite CHERVILLERS Ce hameau, dont nos actes font mention dès l'année 1329, avait alors son moulin, que le Chapître, en 1340, donnait en emphytéose, avec le moulin de Chéteval, à Jean Vareillon, de St-Ursanne. Le même Chapître, en 1558, amodiait la pêche du Doubs près de Cher- villers, à Cuenin et à son fils pour vint-quatre glanes de poissons "bons et suffisants". Le prix du poisson est fixé comme suit: de Pâques à St-Michel, 8 deniers la livre; de St-Michel à Pâques, 12 deniers, d'après note du receveur du Chapître, Théobald Hardy. Jeantat Blessemaille tenait un des moulins de Chervillers en 1567; l'autre moulin était donné, en 1568, à Claudat Romain, de Courté- telle, qui le cédait, en 1572, à Jehan Pequignat, amodiateur de la rivière, et maire en 1591. Germain Guyot demeurait à Chervillers en 1585. A sa mort, "sa relicte remontait à Villers habtier sa maison". Divers meuniers se sont succédés à Chervillers. Nous trouvons, en 1687, Raiguez ou Ragué; en 1699, Colin Parrol, Claude Parrol en 1714, tenancier de la Réchesse. Ce dernier, en 1715, cède son moulin à Jean-Claude Cattin. En 1734, 12 février, la veuve de Guil- laume Parrol, Elisabeth Choffat, vend son moulin de Chervillers à Ignace Prudant, de Châtillon. Joseph et Jean-Baptiste Prudant ou Prudat étaient encore meuniers à Chervillers en 1778. En remontant de Chervillers par Villers (le haut), nous arrivons à un vaste plateau bien cultivé qui porte, depuis des siècles, le nom de finage du Teck, ou FIN DU THECK Au XIVe siècle, les ducs de Teck possédaient de nombreux fiefs dans l'Evêché de Bâle. Parmi ces nobles, figure, en 1361, Frédéric de Theck, gouverneur de la Souabe et de l'Alsace. En 1274, un duc de Theck était chancelier de l'empereur Rodolphe de Habsbourg. Cette famille a laissé son nom à la vaste forêt, semée d'éclaircies à l'état de pâturages, qui couronnait alors les sommets du Clos-du- Doubs. Cette forêt, pleine de gibier, était un fief de l'Eglise de Bâle que retenaient les barons, devenus les ducs de Theck. Ce fief, au XVIe siècle, avait passé aux mains du Chapître de St-Ursanne. Deux de ses membres, les chanoines Laborier et Vau- clard, en 1588, vont s'assurer si Lienhard Barest, en construisant une maison sur la Fin du Theck, n'entreprend pas sur les terres du Chapître. En 1689, le Chapître accorde à Jean-Claude Migy, de Montenol, la permission d'enclore son bien sur la Fin du Theck, En 1692, Jean-Pierre Borne amodie, dans la même Fin, la terre St-Arnoulf. Joseph Willemin était, en 1776, fiéteur du chancelier de Billieux sur la Fin du Theck. Partagée autrefois en un certain nombre de colonges, cette vaste campagne comprend de nos jours, outre le groupe de maisons dit Le Péka (pascua, pâture close), les fermes suivantes: Chez le Baron, la plus ancienne de tout le plateau; Chez Daro- sier, Chez les Bouvier, la Pâturatte, Chez le Chat, Chez le Sec, Chez la Jeanne et le Tilliat. D'autres fermes encore appartiennent à la paroisse d'Epauvillers. Ce sont: Le Bambois (bois mis en ban), tenu en 1617 par Maiguy Perret et en 1748 par Nicolas Jeannerat. Les champs sur la côte, ban d'Epiquerez. Charmillatte (bois de charme), que tenait Grisard des Brosses en 1579, et Humbert Crevoisier, de Montfaucon, en 1693. En 1725, la veuve de Rosé possédait une partie de Charmillatte. Châtillon, jadis petit château au pied du Chételay, était tenu, en 1566 par Estienne Chouffat. En 1685, Antoine Prudant, de Châ- tillon, obtenait du Chapître la permission d'avoir une barque sur le Doubs. Colas Mérat achetait Châtillon et Chéteval en 1745. En 1756, on offrait 7500 livres à Joseph Vallat pour son bien de Châtillon, dont la moitié avait été achetée, en 1753, par Jean-Claude Huelmann, de Ravine. Chéteval (en aval du Château, sous le Château), est mentionné déjà en 1340 sous le nom de Chétival. Charles Jeannerat, de Ra- vine, achetait cette ferme en 1748 de Joseph Vallat, d'Epauvillers. Cuisins (les). Ce "maix" était vendu en 1591 aux Maiguy d'O- court par Jehan Perrin Picquegnat; Joseph Maître était porteur de ce lieu en 1770. En son paroisse (au sommet de la paroisse, nommée en 1446 "Sonbaroiche", possédée en 1617 par Jeannetat Jaiquat, et en 1775 par Jean Py, ancien maire d'Epauvillers. Montbion ou mont de Bion, propriété de Jeantat Bassain (Bas- sand) et de Béatrix Boichat, de St-Ursanne, en 1565, et en 1581, de Hugonin Humbert, maître de forges à Bellefontaine et à Charoubey. En 1655, Montbion appartenait à Jean-François Rossel, prévôt de Porrentruy, et en 1676 à un fils Gérard-François Rossel. En 1703, le propriétaire de cette ferme était Jean-Conrad Rosé de Müelten- berg, conseiller de Son Altesse. Sa veuve, Hélène de la Bresche, soutint contre le Chapître un procès qui dura plus de trente ans, concernant l'amphytéose de ce bien. Réchesse (la), habitée en 1770 par Jean-François Cuenin, fils d'Ignace. Rochelles (les), fief du Chapître, possédé en 1749 par Jean-Tho- mas Borne, qui l'avait acquis pour 100 livres. Une dernière ferme, la Charbonnière, sur la rive droite du Doubs, appartient à la paroisse de St-Brais, bien que ressortant de la com- mune d'Epiquerez, comme Chez Darosier, bien que faisant partie de la commune de Montenol, appartient à la paroisse d'Epauvillers.
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