TOURISME
Coudées franches aux Franches-Montagnes:
vers la vallée du Doubs par les hauteurs
du Jura

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Plus tard, alors que le soleil montera plus haut dans le ciel, nous descendrons dans la vallée ombrageuse du Doubs. Cette rivière profondément encaissée, aux nombreux méandres, nous offrira certainement l'occasion d'une baignade rafraîchissante. Puis, pour terminer, nous ferons une agréable balade dans la petite ville de Saint-Ursanne qui - à l'écart des voies de grand trafic - a pu faire survivre une bonne part de "bon vieux temps" à l'époque où le béton est roi.





De Saint-Brais au Doubs

Des coraux dans les Franches-Montagnes à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer ? Comment cela est-il possible ? Eh bien, le Jura est un enfant des Alpes, un contrefort des imposantes chaînes de montagnes qui, au sud, furent soulevées par des forces venues de l'intérieur de la Terre. Une partie de cette énergie génératrice de plissements se transmit au Jura. Il est vrai que le résultat du mouvement orogénique est plus frappant dans le Jura méridional, où les chaînes parallèles sont très nettement discernables, qu'ici sur les hauteurs, formant des arcs largement ouverts, des Franches-Montagnes.

En continuant notre route, des Enfers à St-Brais, nous remarquons combien la roche calcaire donne leur caractère au site et aux conditions de vie. Ce tronçon de notre randonnée passe sur le chemin des crêtes du Jura suisse, cet itinéraire balisé de manière particulière et menant de Genève à la Suisse septentrionale. Dans le calcaire crevassé des hauteurs jurassiennes, l'eau des précipitations s'infiltre rapidement. Certaines fermes isolées en sont réduites à recueillir l'eau de leur toit dans des citernes. En fait, le Jura est une région de montagne parfois rude, même s'il présente un visage riant au randonneur.

Le climat et le soubassement rocheux déterminent, ensemble, la nature de la végétation. Les premiers colons choisirent d'un oeil sûr les parcelles les plus fertiles pour y effectuer leur défrichage. Sur les flancs abrupts, où la couche arable couvrant le fond calcaire est mince, la forêt peu exigeante subsista.

Saint-Brais est un village propret dont la jolie église, catholique comme les autres dans le canton du Jura, fut construite au XVIIe siècle. Elle est sous le vocable de saint Brais qui a également donné son nom à la localité. L'époque bernoise - le Jura septentrional fit partie du canton de Berne de 1815 à 1978 - a transmis le toponyme de Sankt Brix que l'on n'entend plus guère, tout aussi peu que celui de Sankt Ursitz pour St-Ursanne. Dans le voisinage de St-Brais s'élevait, jusqu'au XVIIIe siècle, le village cossu de Planey. Ses habitants l'abandonnèrent pour des raisons inconnues, et il se délabra.
Aujourd'hui, on n'en distingue plus guère les traces dans le terrain.

A présent, nous quittons le chemin des crêtes du Jura et descendons dans la vallée du Doubs. La bifurcation, en direction du nord, se trouve juste en face de l'église de St-Brais. Elle nous conduit, en une heure environ, en passant par Chésal, Césai et Le Poye, au bord de la rivière. A partir d'ici, le chemin longe le Doubs jusqu'à St-Ursanne. La forêt domine le paysage maintenant. C'est elle qui a donné son nom à toute la région. Jura est dérivé du celte jur et du gaulois juris, les deux signifiant montagne boisée. Il y a moins d'un millier d'années, les hauteurs et les vallées étaient encore entièrement tapissées d'épaisses forêts. Même si, depuis lors, on a gagné beaucoup de terres arables par défrichement, le Jura compte encore parmi les régions les plus boisées de la Suisse. Nous avons donc affaire à une montagne boisée domestiquée quand nous suivons, au fil du Doubs, la fraîche forêt riveraine. Même ceux qui font des excursions dans la nature pour s'y délasser ne voudraient pas y trouver un environnement entièrement sauvage. Ils ont besoins de chemins balisés, d'auberges et - pour leurs voyages d'accès et de retour - d'un réseau de communications bien aménagé.


Dubona, déesse de la rivière, invite à la baignade

Le Doubs est une rivière étrange. Il prend sa source près de Pontarlier sur territoire français et coule d'abord en direction du nord-est. Près du Locle dans le canton de Neuchâtel, il devient, sur une certaine distance, le cours d'eau frontière entre la France et la Suisse. Là, il s'élargit pour former un lac, celui des Brenets, puis fait une chute, le Saut du Doubs. Le lac de barrage de Biaufond marque alors le début de son cours jurassien. A St-Ursanne, le Doubs fait un coude brusque vers l'ouest et quitte peu après la Suisse. Près de Montbéliard, il devient un cours d'eau navigable, traverse - rivière majestueuse maintenant - la ville de Besançon, puis se jette dans la Saône avec laquelle il va rejoindre le Rhône à Lyon. Les eaux vertes qui murmurent à côté de notre sentier finiront, après maints détours, dans la Méditerranée en Camargue.
Alors que, dans son cours inférieur, le Doubs active le trafic en tant que voie d'eau, il est plutôt un obstacle à la circulation ici, dans ce tronçon encaissé. En face s'élève, sur une presqu'île formée par la boucle de la rivière, la zone
limitrophe perdue du Clos du Doubs. Notre cours d'eau doit son nom à la déesse celte Dubona, ce qui signifie "divinité sombre" et fait, sans nul doute, allusion au site resserré plutôt ténébreux. Dubona invite à la baignade dans une eau agréablement propre et étonnamment tiède en été. Les plus beaux endroits pour faire trempette se trouvent près du pont à deux kilomètres de St-Ursanne, où la vallée commence à s'élargir et à laisser pénétrer le soleil.

St-Ursanne est une jolie petite ville d'un peu moins d'un millier d'habitants.

L'agglomération, fondée au Moyen Age, porte néanmoins des traits modestement urbains. Trois portes d'enceinte fortifiées par des tours séparent les rues du
monde extérieur. En entrant par celle du sud, on arrive directement sur l'ancien pont franchissant le Doubs, sur lequel saint Jean Népomucène, patron des ponts, monte fidèlement la garde. Sa statue en grès bigarré rouge est, il est vrai, une reproduction datant de 1973. Les outrages des ans avaient par trop malmené l'original.
Vicissitudes de l'histoire
Les Celtes et les Romains avaient déjà colonisé ce tronçon favorisé par le climats sur les bords du Doubs, ce qu'attestent les découvertes archéologiques. Au haut Moyen Age, le moine Ursanne, canonisé plus tard, introduisit le christianisme dans la région et donna son nom à la petite ville. Ce missionnaire, originaire de l'Irlande, mourut en 620 et est inhumé dans l'église du monastère. Des mains pieuses fondèrent, en effet, un couvent dont la floraison se place aux XIe et XIIe siècles. C'est également à cette époque que fut construit le portail roman,
chef-d'oeuvre d'une beauté remarquable. Les autres parties de la collégiale sont de style ogival primaire. Le cloître mérite pour le moins une visite rapide.

Outre les époques paisibles, le monastère tout comme la ville vécurent des périodes tumultueuses. Durant la guerre de Trente Ans (1618-1648), St-Ursanne fut pillée par les Français et par les Suédois. Les troupes de la Révolution française l'occupèrent en 1793 et ne se retirèrent qu'en 1814. Le monastère fut sécularisé à cette époque. Une partie des bâtiments abrite actuellement une résidence pour personnes âgées.

Pour le retour, nous prendrons le train régional en direction de Glovelier et de Delémont. La gare se trouve au-dessus de la ville.



in:
Plaisirs d'été 18 belles excursions en Suisse.
Texte: Franz Auf der Maur
Photos: Brigitte Auf der Maur

Zurich, Editions Silva, 1990, p. 74-79

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