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La Pierre-de-l'Autel
Coord.: 582 160 / 247 261 Alt.: 805 m Roche: malm jurassique Dim.: 3,70 m. de haut sur 2,50 de large Bibl.: Quiquerez, 1856-57, p. 108, 1864, p. 367, etc. Joliat, 1934-35 Icon.: esquisse dans Quiquerez, 1856-57, une autre 1864. Photo dans Joliat, 1934-35. Ce monolithe se trouve dans la région des Rangiers, qu'on appelait Mont-Repais dans des temps plus pacifiques que les nôtres. Par sa situation sur un col etnre deux combes, par son aspect de borne natu- relle, cette pierre était prédestinée à servir de limite. Aussi la voyons- nous signalée dans ce cens déjà en 1210. Il va de soi qu'on a tenté d'en faire un autel druidique, avec des rigoles où coulait le sang des victi- mes, aves des traces de foyers cultuels ou de signalement, etc. Toutes ces légendes n'ont aucune base vérifiable. Nous avons en 1946 complè- tement dégagé cette roche du lierre et de la végétation qui l'envahis- saient. Nous n'y avons trouvé aucune trace de foyer, aucune rigole, aucune inscription, cupule ou signe quelconque. Seul un gros clou de laiton, susr le côté septentrional, doit être de provenance moderne. En revanche nous avons retrouvé l'aspect de masque léonin qui avait frappé Quiquerez (voir fig. 4). Cette pierre debout offre un problème géologique. C'est bien par erreur que Heim la citait comme bloc erratique éventuel. D'autre part cela ne semble pas être un affleurement naturel. Mais comment tient- elle debout ? Les géologues admettent que près d'elle passe une faille importante et qu'il y aurait eu un décrochement de terrain et formation d'une masse d'éboulis de différentes grandeurs dont un des plus beaux blocs s'est trouvé fixé debout. A dix mètres de la pierre, contre la Caquerelle, nous avons pratiqué un sondage (1) que nous n'avons pu pousser qu'à 70 ou 80 cm. Il y a d'abord une terre grisâtre contenant très peu d'humus qui passe vers 40 cm. à une couche marneuse jaunâtre et très sèche (14.VII.46). On tombe alors sur des blocs de diverses grandeurs, à contours arrondis, paraissant avoir été longtemps exposés aux agents atmosphériques. Il semble que la forêt n'a pas encore eu le temps de modifier profondé- ment le sol, alors que les phénomènes karstiques se sont exercés long- temps sur les rochers restés nus. Une chose est certaine: c'est que l'homme n'est pour rien dans l'érection du monolithe. Mais il faut reconnaître que la nature a très bien réussi ce pseudo-menhir. (1) Comme à d'autres endroits ces recherches nous ont été facilitées par l'As- sociation des Intérêts du Jura, ce qui est d'autant plus louable que le can- ton ne fait rien pour les recherches préhistoriques. Il s'est contenté de décréter en 1929 des mesures tellement restrictives qu'elle sont quasi- prohibitives, avec le seul succès que les chercheurs sérieux renoncent à toute activité sur le terrain, et que les autres, ne se souciant nullement du décret, font des fouilles clandestines dont les résultats ne sont pas publiés, au grand dam de la préhistoire. Le même problème se pose d'ailleurs dans d'autres cantons et dernièrement aussi en France. Les vestiges de mégalithes dans le Nord du Jura Actes 1947, p. 241-243 Voici ce que dit Célestion von Hornstein dans son ouvrage: FETES LEGENDAIRES du Jura bernois Porrentruy, Ed. Transjuranes, 1978, 2ème éd., p. 162-163: ... Dès les premiers siècles de notre ère, une modeste église, dédiée à saint Martin, fut bâtie sur le Mont-Repais (1), qui forme le point de jonction entre l'Ajoie, la vallée de Delémont et les Franches-Montagnes. Longtemps cette église fut celle de la paroisse de la contrée. C'est sans doute pour marquer le triomphe de la nouvelle doctrine sur l'idôlatrie et pour substituer le culte chrétien au culte païen qu'on choisit cette sommité pour la consa- crer à St-Martin, l'ennemi redoutable des fausses divinités. En effet, ce site mystérieux et solitaire était une des retraites préférées des duides qui y pratiquaient leurs cérémonies sanglantes, dont il reste de nombreux vestiges. La Pierre-de-l'autel (2), qui se dresse à proxi- mité, servait de table de sacrifice. C'est un bloc de pierre brute, aplati au sommet qui, vu de loin, ressemble d'une manière frappante à une tête de lion. Sa hauteur est d'en- viron 5 mètres sur 2 de diamètre. Il n'est pas étonnant que ce rocher isolé, avec sa forme étrange, ait attiré l'at- tention des druides et qu'il ait servi d'autel à leurs rites superstitieux. Le Repais - ainsi du reste que tous les lieux où l'on retrouve des débris druidiques - était célèbre dans les pratiques de la sorcellerie, les scènes du sabbat et les invocations diaboliques. D'après la tradition, la cloche de Saint-Martin, mise en branle, avait le pouvoir d'effrayer les sorciers, de chasser les démons, de conjurer la grêle, de disperser les meneurs de nuées ou monteurs d'orages et de frap- per d'étonnement les montagnes, comme le disait l'inscription gravée sur son flanc de bronze: Montes clangore meo stupent. ... (1) De rupes altaris, roche de l'autel. L'église s'élevait près de l'auberge actuelle de la Caquerelle. Une croix de bois plantée sur quelques débris de pierre rappelle seule l'antique sanctuaire, le premier peut-être de la vallée de Delémont. (2) Voir A. Quiquerez, Monuments etc.
paru dans l'Almanach catholique du Jura, 2000, p. 59
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